ANTONIO NUÑEZ JIMENEZ (1923 – 1998)

Gilbert, A. (1995). In Memoriam. Antonio Núñez Jiménez (1923 – 1998). Spelunca N°75 3°Trimestre, 60.

 

Antonio Núñez Jiménez n’est plus. Vous oe le verrez plus arpenter les salles des congres intemationaux de spé léologie habillé en barbudo et ílanqué de ses gardes du corps comme a Bowling Green. Vous ne le rencontrerez plus a Cuba dans les spheres de la Sociedad Espeleologica de Cuba qu ‘il présidait depuis qu’il r avait créée en 1940. Vou ne rechercherez plus sa barbe blanchissante dans les assemblées scientifiques, sportives  ou politiques  a travers le monde.

Homme de coeur et de conviction, il participe aux côtés de Fidel Castro, Ernesto Che Guevara et Cienfuegos aux lunes contre l’occupation américaine et s’implique pour la destinée de son pays.

Proche du pouvoir. il réalise une carriere díplomalique et politique. Il occupera des postes ímportant s dans le gouvernement  révolutionnaire cubain : directeur de l´lnstitut national  de réforme agraire ( 1959- 1962), président   de   la   Banque nationale  de Cuba ( 1960),  président fondateur de l´Académie  des scíences  de  Cuba  ( 1962- 1972), ambassadeur  de  Cuba  au   Pérou ( 1972-1978) et vice-ministre  de la Culture ( 1978-1990).

De ces époques, il collecte et réalíse des milliers de photographies qui aujourd’hui représentent la mémoire du temps et de l´histoire.

De ses luttes, íl conserve un grade important et organíse la spéléologie cubaine comme un régiment. L’avantage est précieux puisqu’il permet de mettre en place un réseau de renseignements  travers tout  le pays. Cela a été d’un grand secours pour la tune contre l’occupation, la connaissance du milieu karstique permettant de passer d’une vallée a I’aurre et de gagner du temps sur l’adversaire. Les grottes servent de gîtes, de “planques”, d’entrepôts, de bases pour des actions.

Cette organisation demeure et la   spéléologie cubaine, la   plus dynamique et la plus représentative d’ Amérique   latine avec plus de cinq  mille membres, lui doit beaucoup.   Son   charisme personnel, puis la reconnaissance  de  Fidel Castro octroient à la spéléologie une place particuliere daos la vie cubaine.

Homme de science, il s’intéresse à la géologie, la géographie, la géomorphologie, l’archéologie, la topographie et a la photographie. Toutes ces sciences et techniques, plus ou moins maîtrisées sont mises à profit pour la spéléologie.

Après avoir créé la spéléologie cubaine, il débroussaille celle d’Amérique latine et s’impose comme son leader naturel. À ce titre,il devient le premier président de la Federación Espeleológica de America Latina y de Caribe lorsque celle-ci se forme.

Par sa position il organize plusieurs congrès internationaux à Cuba:

  • premier Symposium mondial d’art rupestre à La Havane, en janvier 1986,
  • cinquantième anniversaire de la Sociedad Espeleológica de Cuba à La Havane, en janvier 1990,
  • Ile congrès de la Federación Espeleológica de América Latina y de Caribe à Viñales, en septiembre 1992.

Il est considéré, à juste titre, comme l’un des érudits qui servent de référence pour l’art rupestre en Amérique latine. Il réalise un inventaire des pétroglyphes du Pérou, durant son séjour comme ambassadeur dans ce pays. De nombreux articles ou livres sur l’art rupestre de Cuba ponctuent sa production littéraire et scientifique.

Signataire de quelque cinq cents ouvrages, il en ressort, qualitativement, des publications où ses passions, pour l’art rupestre, pour des monographies de cavités dans lesquelles il s’est pleinement impliqué, ou pour l’histoire de la spéléologie cubaine, sont mises en valeur. Pour n’en citer que quelques-uns: Petroglifos dei Penl (1985), El arte rupestre cubano (1986), La Gran Caverna de Santo Tomas (1990). Medio siglo explorando Cuba (1990 – 2 vol.), En canoa del Amazonas al Caribe et En canoa por el mar de las Antillas (1992).

Homme de culture, assoiffé de connaissance, sa vie est un tourbillon de contacts, de rencontres et d’échanges. Il fréquente des écrivains, des scientifiques, des peintres, tous ceux qui touchent à la culture en Amérique latine.

Épris de grands espaces, il participe à des explorations de grande envergure à travers le monde: parmi celles-ci, deux expéditions cubaines au Pôle nord en 1972 et en Antarctique en 1982.

Son esprit d’aventure le pousse, en 1992, à organiser une grande expédition, en deux parties, qui retrace les déplacements amérindiens à travers le bassin amazonien et les Caraïbes. Un symbole qui restitue aux Amérindiens la découverte et l’exploration de leur Amérique. Des participants de vingttrois pays effectuent un périple qui part d’Équateur, descend le Rio Napo, rejoint l’Amazone et la suit jusqu’à Manaos, remonte le Rio Negro, emprunte le Canal du Casiquiare, redescend l’Orénoque jusqu’à son estuaire et traverse la mer des Caraïbes jusqu’à Cuba. Au cours de cette odyssée à la rencontre de nombreuses ethnies amérindiennes, seront visités les cavités et les sites d’art rupestre les plus marquants.

De ses voyages, de ses échanges, il ramène une multitude d’ouvrages, de photographies de pièces archéologiques et ethnologiques qui ornent sa maison familiale. Celle-ci se résume en une bibliothèque et en un musée de la culture latino-américaine. Parmi ces oeuvres, de superbes tableaux d’Oswaldo Guayasamin, le grand peintre équatorien, devenu son ami, qui a réalisé le fanion de l’expédition précitée.

Ses collections sont si importantes que Fidel Castro, en 1992, délègue plusieurs archivistes pour en faire l’inventaire.

De l’homme, je garde une impression de dynamisme et de générosité intellectuelle alliée à une spontanéité du contact. Pour exemple, une rencontre fortuite en Guadeloupe, dans un hôtel alors que j’étais en transit entre deux avions, s’est transformée en deux minutes, comme si tout était programmé à l’avance, en une réunion de travail avec le conservateur régional de l’Archéologie et des cinéastes d’une chaîne de télévision espagnole. Celle-ci s’est prolongée toute l’après-midi et la soirée pour parler d’un vaste projet culturel englobant une quinzaine de pays d’Amérique latine.

La Fédération française de spéléologie exprime. auprès de sa famille, ses amis, ses Compaiieros, et la Sociedad Espeleológica de Cuba, sa profonde tristesse devant cette disparition.

Il est parti pour sa plus belle exploration à la rencontre des Cemies Tainos, dans la grotte de Cacibagiagua, celle qui possède les concrétions les plus extraordinaires et les plus merveilleuses peintures rupestres.

Pour la Fédération française de spéléologie.

ANTONIO NUÑEZ JIMENEZ (1923 – 1998) Gilbert, A. (1995). In Memoriam. Antonio Núñez Jiménez (1923 – 1998). Spelunca N°75 3°Trimestre, 60.

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